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Mallorca by UTMB, les abysses puis la renaissance


Après un troisième abandon de la saison sur les Templiers, pour cause d'entorse de cheville, j'avais de toute façon prévu de courir 2 semaines après à Majorque sur la course originale, la M5000.


Après 2 jours de repos post entorse, je me suis rapidement remotivé pour le dossard à Majorque, dans le but de enfin performer dans une saison compliquée.


Nous avons effectué le voyage avec deux amis, Nicolas et Hugues. Le but était d'allier l'utile et l'agréable. Nous avons effectué le trajet en voiture puis mis la voiture sur le Ferry à Barcelone pour éviter de prendre l'avion, sachant que certains vols sont évitables et d'autres plus difficilement.


Nous sommes arrivés une semaine avant la course, ce qui nous a laissé le temps, de nous imprégner du terrain et de la technicité de la Serra da Tramuntana.

Le beau temps et les températures élevées ne présageaient pas de ce qui allait se passer plus tard.

Plus la course approchait, plus de forts orages étaient annoncés. Nous avons également été mis au courant d'une catastrophe s'étant déroulée à Valence, quelques jours avant le départ de notre course. L'inquiétude montait de mon côté, étant habitué à scruter les bulletins météo et données climatiques.


Je vais tout de même chercher mon dossard le Vendredi 31 Octobre, bien motivé à prendre le départ d'une course de 69 km et 4400 mètres de dénivelé sur un parcours purement Skyrunning (technique et pentu).

Et c'est l'après-midi même que je reçois un sms de Livetrail annonçant l'annulation de la compétition due à des orages annoncés le lendemain après-midi. Après un petit moment de colère est rapidement venue la résignation. Mais c'est sans compter sur un appel de Livetrail qui nous proposait de transférer notre dossard sur une des deux distances restantes. Le choix de la raison l'a emporté et j'ai choisi le 47 km, et sans le savoir la seule des deux qui se déroulerait. Et oui, après une modification du 140 km, devenu 90 km, puis annulé.

Un sentiment d'injustice m'a tout de même envahi en sachant que seule un poignée de coureurs élites ont eu ce traitement de faveur contre aucun dédommagement pour tous les autres.


Bizarrement je ne ressentais pas cette même motivation le matin de la course. De nature anxieuse, une grosse partie de mon énergie mentale est passée dans ces péripéties d'avant course, en plus de l'incertitude au sujet de ma cheville (que nous avons strappé tous les jours).


Le départ fut 7h du matin au centre de la jolie ville de Soller. Avec un gros groupe d'une trentaine de coureurs, nous arpenterons la première partie goudronnée de 4km, avant de prendre un petit sentier raide et détrempé, où le peloton a commencé à s'étaler. Avec le groupe de tête d'une quinzaine de coureurs, j'entame la première grosse ascension sur un rytme plutôt conservateur, ne tentant pas de suivre Bart Przedwojewski alors en tête.

Je me rend vite compte que je suis plutôt focalisé sur les autres coureurs et le contenu de leur sacs que sur mon rythme. Ayant respecté le règlement, mon sac ressemblait à deux gouttes d'eau à celui de la CCC, frontales inclues (même si la course était de jour), et ne pouvait m'empêcher de constater que quelques élites étaient partis un peu "légers".


Après cet égarement je décide de faire abstraction jusqu'à atteindre le premier col puis rebasculer, toujours avec les leaders de la course.

Après une redescente de 200 mètres de dénivelé nous attendait une longue section roulante le long d'un lac de barrage, avant de retrouver un sentier technique et vallonné. Dans cette partie je commence à ressentir des maux d'estomac ou peut-être une tension de diaphragme, m'empêchant de courir de façon détendue, et je décide alors de laisser filer un petit groupe, restant aux côtés de Bart, dont je ne savait pas à ce moment, courait ses derniers km dans la course avant d'arrêter. A ce moment là, je me fait littéralement déposer sur place par les deux coureurs roumains Damian Bogdan et Léonard Mitrica.

Contraint de le passer Bart, je décide d'aider Pere Rullan en le tirant sur la dernière section plane, étant un pur coureur de technique. Je fini par le lâcher et continuer dans la partie technique. A ce moment je perd un peu la notion du temps et de mon effort. Esseulé en 7e position, mon rythme est loin d'être idéal dans le calcaire glissant. Au 25e km, dans un virage boueux lors d'une petite descente, je tombe à plat ventre violemment, laissant un bel hématome sur mon genou droit. Je suis pas sûr de pouvoir recourir sur le coup, puis la douleur me laisse tranquille, mais mon rythme en descente ne fait que chuter. A ce moment là je me fait rattraper par Dakota Jones et un autre coureur. Une remontée très technique s'en suit, section que j'avais repéré. Je me rend compte que je suis collé et le moral commence à baisser. Je ne peux pas courir en montée mais pourtant l'écart se maintien avec Pere que je vois au loin derrière.

Au sommet de l'ascension avant de basculer côté barrage, j'expérimente un premier craquage mental. Je m'assois sur un muret, laissant Pere me reprendre et reprend à trottiner ensuite en le laissant filer.


A ce moment de la course, je me dis que la plus belle partie arrive et que je peux encore me refaire.

Pourtant au pied de l'ascension de la partie la plus technique du parcours, l'énergie disparaît et l'envie de m'arrêter me traverse l'esprit plus d'une fois.

Pourtant je continue, esseulé jusqu'à trouver la compagnie de Judith Wider, avec qui je discute un peu, me disant que mon seul objectif est de terminer à ce moment là.


J'atteins le sommet de la course après une interminable ascension, où je finis par me poser 5 minutes, regardant quelques coureurs me passer devant sans réagir. A ce moment je remet tous mes choix sportifs et de vie en question. S'en suivra une très longue réflexion dans la descente que j'entame en trottinant en compagnie de Sergi Garcia, qui me remonte un peu le moral.


Dans tous les cas je devais finir cette course. J'étais venu pour ça et me qualifier pour une finale UTMB en 2025.

Avant d'entamer une interminable descente de 850m de dénivelé, je m'arrête au ravitaillement discuter avec les bénévoles, pour ensuite repartir requinqué. Je descend à un rythme raisonnable, mais apparemment pas à l'aise, repasse Sergi. A Fornaltux, au pied de la descente, je suis au fond du trou aussi mentalement. Le lâche quelques phrases insensées à Hugues venu m'encourager, avant d'apercevoir Dakota juste devant moi.


C'est à ce moment que mon esprit de compétition a repris le dessus. Histoire de prendre une petite revanche, bien que peu glorieuse étant donné nôtre état, je lui demande s'il va bien. Après une réponse positive je décide de continuer en voyant qu'il n'était pas capable de suivre le rythme. S'en sont suivis quelques km de souffrance dans la chaleur, adoucie par les copains Joseph Mestrallet, Simon Michel Berger et Baptiste Coatantiec, venus m'encourager.

A 500m de la ligne d'arrivée, j'apperçoit Aritz Egea, la foulée plus saccadée que jamais, et lance un sprint pour le rattraper et vider le reste de l'énergie dont je disposais. Je parviens à le rattraper sur la ligne mais décide de le pousser pour ne pas lui voler sa place sachant qu'il avait relâché son effort quelques mètres avant la ligne.


Au bilan je suis très déçu de ma performance mais j'ai obtenu ce que j'étais venu chercher et c'est le principal. Je me suis rendu compte que mes attentes en terme de performances étaient de toute façon trop élevées compte tenu de la préparation plus que chaotique ayant mené à cette course. Je regrette de ne pas m'être battu pour ce top 10 que j'avais bien dans les jambes, mais sans cette bataille mentale, je n'aurais pas pris certaines décisions pour mon futur.


Et oui, dire qu'on apprend toujours de ses échecs est léger quand on regarde ma saison chaotique jusqu'à Mallorca. Mais pourtant je pense que cette dernière leçon m'a fait grandir et prendre les bonnes décisions quant à la suite de ma carrière sportive et professionnelle.


Pour clore ce chapitre, côté nutrition, j'étais entre 70 et 90g de glucides par heure, alternant boisson Naak et gels au sirop d'érable. A partir du 22e km, seule l'hydratation était gérée pour ne pas subir la fin de parcours, mais j'ai drastiquement diminué mon apport en glucides, étant hors compétition mentalement.






 
 
 

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